NICOLAS PEYRAC

REVEILLEUR DE CONSCIENCES


Dès la sortie de So far away, le ton est donné.

Peyrac est d’abord témoin,
simple observateur de la scène mondiale.


Mais on sent d’ores et déjà, à sa façon de relater les événements, qu’il n’y est pas indifférent.

L’observation attentive de son écriture illustre parfaitement le mal-être de celui qui ne peut se contenter d'être simple spectateur.

Sa description des événements est très dépouillée, juste entrecoupée d’interrogations :
"Monsieur Caryl Chessman est mort,
mais le doute subsiste encore,
avait-il raison ou bien tort ?"
(So far away from LA)

ou encore
"Quelque chose bougea quelque part près d'un toit
Et sa tête éclata comme éclate une noix"
(Douze ans déjà).

Par moments, l'amertume perce à travers le commentaire :
"On n'en arrêta qu'un et puis comme il se doit
On tua les témoins pour qu'ils ne parlent pas"

(Douze ans déjà).

Le malaise va s’accentuant au fil des albums et se transforme en sentiment de culpabilité :
"J’ai comme un cancer au cerveau ,
Qui m'aurait bouffé tous les mots"

(Les mots qu’on apprend à 10 ans)

ou "Il n’y a que moi qui parle encore de mes remords, les autres n’en ont pas" et encore "Moi j’ai eu la chance, seulement seulement de vivre en France et de rester chez moi" (Douze ans déjà).


Dire ne suffit plus, il faut dénoncer, s’impliquer


Traumatisé par la folie des hommes, Nicolas Peyrac se fait un devoir de pointer du doigt tous les absolutismes qui gangrènent la planète et prennent la liberté en otage (Les mots qu’on apprend à 10 ans, From Argentina to South Africa, T’entends pas …).
Il livre un combat intérieur qui semble le déchirer et assiste, impuissant, à ce gâchis qui imprime en lui une détresse profonde (Comme s’il fallait), mais parvient malgré tout à conserver intacte sa foi en l’homme (Il suffirait), à défaut la conviction qu’il faut y croire (Laisser glisser).


Il ne peut pas se contenter d’être simple spectateur

Ce libre-arbitre qui nous est donné à tous, nous devons l’utiliser à bon escient pour être acteurs de notre vie (Bouge-toi).
Cette sensibilité à fleur de peau vise l’Homme avec un grand H.

L’oppression et la dictature le révoltent,
la guerre le désespère, l’injustice,
l’intolérance, le racisme le révulsent.
Le regard de l’artiste, tel une caméra, ne cesse de faire des travellings d’un endroit à l’autre de la planète.


Son œil exercé absorbe la souffrance du monde,
qu’elle soit le fait des conflits armés (Quand elle dort, Les eaux du Mékong),
de la pauvreté et de son corollaire le racisme (Mourir à Harlem, Vivre ici), l’intolérance (Ne me parlez pas de couleurs), l’esclavage (Les remparts de Gorée).


Cette souffrance qu’il fait sienne, la passivité de notre société, son incapacité et/ou son impuissance à résorber le racisme, à lutter contre l’intolérance, il les extériorise dans des textes et des musiques d’une beauté remarquable.

À la question « quels événements de ta vie personnelle ou que tu as vécus de près t’on amené à cette « conscience » exacerbée de ce sujet ",

Nicolas Peyrac répond :
« aucun événement en particulier, juste ce qui se passe sur cette planète.
Je n’arrive pas à comprendre et à intégrer l’intolérance et le racisme,

je ne peux pas me faire à la bêtise et je ne supporte pas qu’on puisse te juger par rapport à ta peau, tes idées,
ou le dieu auquel tu crois si jamais tu crois en un dieu.
Je ne peux pas, c’est aussi simple que ça.
Et quand je regarde autour de moi, souvent je ne vois que ça,
les regards qui jugent et méprisent au lieu de ces lueurs intelligentes sur des visages qui écouteraient en essayant de comprendre et de s’enrichir au contact de ces autres heureusement différents ! ».


Ses prises de positions lui vaudront la censure de certains medias qui ne veulent pas faire prendre de risques à leur audimat.
Ce qui ne l’empêchera pas de poser des actes courageux, comme celui de chanter "From Argentina to South Africa" devant un parterre de dirigeants africains "pas forcément concernés par les droits de l'homme" et le Président Mitterrand à l'occasion d'un sommet franco-africain au Burundi.
Ce n’est pas non plus un hasard si Reine, le héros de son premier roman est journaliste de guerre, pas un hasard non plus qu’il ait accepté de jouer dans un film traitant de démocratie et de droits de l’homme, ni qu’il ait accepté de composer une musique de film pour un cinéaste (Juan Antonio Bardem) délibérément engagé dans la lutte contre le franquisme.


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